Nous sommes un peu partout en ce moment
👋 Bonjour à tous depuis Sumba Est, dans la province de Nusa Tenggara Est, en Indonésie !
La photo de Sorai dans l’avion résume assez bien notre vie en ce moment;-).
Il a eu huit mois le 28 août et, à son âge, il a déjà pris plusieurs fois l’avion, voyagé en bateau, en ferry, traversé Sumba, Java, Bali dans nos véhicules logistiques, fait du tout-terrain et passé des heures sur des routes qui ressemblent parfois davantage à des pistes qu’à des routes. Il regarde tout cela avec ses grands yeux comme si c’était parfaitement normal.
Pour lui, probablement, ça l’est déjà.
Depuis environ trois semaines, Sorai est à Denpasar avec Ayu. Ici à Sumba, entre le chantier, la poussière, les machines, les pierres et des journées assez peu compatibles avec la vie d’un bébé, c’était plus raisonnable. Et puis Denpasar, ce n’est pas seulement "une autre maison". C’est aussi le bureau de la Fondation, où Ayu travaille tous les jours.
Il y a également Atha, qui a 16 ans et vit sa dernière année d’école. Et Solo, notre chien (mi-Tyrannosaurus Rex, mi-Beagle), qui nous a fait une sacrée frayeur récemment. Nous avons découvert une grosse masse à la base de sa queue. Comme il avait déjà eu une petite tumeur retirée quelques mois auparavant, nous avons évidemment pensé au pire. Finalement, c’est un lipome. Rien de grave. Je crois que nous avons rarement été aussi heureux d’entendre le mot "lipome".
Pendant ce temps, moi, je suis "full time" à Sumba Est.
Ayu et Sorai me manquent énormément. C’est probablement ce qui est le plus difficile en ce moment. Ayu et moi avons l’habitude de vivre et de travailler ensemble, de décider ensemble, de nous engueuler parfois sur des détails, puis de continuer. Alors trois semaines, cela commence à faire long, c'est rude.
Heureusement, j’ai peu de temps pour réfléchir.
Le chantier du nouveau centre socio-médical communautaire me prend une grande partie de mes journées. En ce moment, ma tenue de travail ressemble davantage à celle d’un maçon qu’à celle d’un soignant. Je porte des pierres, des sacs de ciment, je mesure, je vérifie que tout est droit, je contrôle les niveaux et les fondations, je discute avec les gars et, le soir, je constate l’état désastreux de mes mains, de mes habits troués de partout et sales.
Je vais avoir 60 ans en octobre. Avec un fils de huit mois et quelques tonnes de pierres à déplacer, une fondation à faire vivre, des milliers de gens à soigner. Je n’ai manifestement pas choisi la retraite la plus tranquille. Quand bien même ce mot n'a aucun sens pour moi.
Mais cela me va bien.
Et évidemment, pendant que je joue au maçon, tout le reste continue. Les 28 agentes et agents Kawan Sehat, les médicaments, les consultations, Water Connections, les campagnes de prévention, les déplacements entre Sumba Est et Sumba Ouest, les passages par Surabaya et Denpasar, les bateaux, les camions, les commandes de matériel.
En ce moment, je travaille aussi énormément sur les résultats de notre étude sur le sepsis. Plus de 5 800 personnes, 1 001 foyers, neuf villages. Nous préparons les résultats pour le 13 septembre, la Journée mondiale du sepsis. C’est un travail énorme, mais passionnant, parce que derrière les tableaux et les statistiques se trouve une question très simple : pourquoi des infections encore traitables deviennent-elles parfois mortelles ici ?
Et puis il y a le site internet de la Fondation.
J’ai passé plusieurs nuits dessus ces dernières semaines. Je voulais le rendre plus rapide, plus clair et plus accessible. Alors j’ai démonté, corrigé, testé, recommencé. Aujourd’hui, il est vraiment très rapide. Cela peut sembler dérisoire par rapport à un réservoir ou à une consultation médicale, mais notre site est aussi notre fenêtre sur l’extérieur. Et quand on travaille aussi loin de tout, cette fenêtre compte beaucoup. Allez y jeter un coup d'œil, on écrit beaucoup d'articles à nos heures "perdues"
🫣 Cependant, il y a une chose qui m’inquiète réellement : les dons ont presque cessé d’arriver.
Je ne sais pas exactement pourquoi. Et c’est angoissant, parce que nous n’avons jamais autant travaillé. Les patients augmentent, les projets avancent, les besoins sont très concrets, mais les ressources diminuent. Ayu passe beaucoup de temps à chercher des solutions, à répondre, à monter des dossiers et à essayer de maintenir tout cela en mouvement.
Et comme si nos journées n’étaient pas assez remplies, la terre s’est mise à bouger.
Le 15 août, très tôt le matin, nous avons subi un séisme de magnitude 7,7. J’en ai connu beaucoup depuis que je vis en Indonésie, certains très importants, mais celui-ci était impressionnant. La maison bougeait violemment. Je suis sorti et j’ai regardé les deux camions de la Fondation se balancer sur leurs suspensions comme des bateaux.
Autour de moi, les gens paniquaient. Dans ce genre de situation, curieusement, je ne panique jamais. Mon cerveau passe directement à la suite : est-ce qu’il y aura des blessés ? Des routes coupées ? de l’eau ? de l’électricité ? Qu’est-ce qu’on doit préparer ?
Depuis, Ayu et les équipes travaillent aussi avec les familles touchées : couvertures, matelas, médicaments, réservoirs d’eau, générateurs, matériaux pour la reconstruction. Ici, une catastrophe ne vient jamais seule. Elle se rajoute simplement à tout le reste.
Dans tout cela, je pense évidemment beaucoup à mes enfants.
À Sorai. À Atha. À Elisa, qui vit ici en Indonésie. Et beaucoup à Flavie, qui est en Suisse et qui me manque terriblement aussi. Mais elle arrive ce mois-ci avec Basile, et rien que cette idée me fait énormément de bien. Au fond, notre famille ressemble un peu à une carte de l’Indonésie en ce moment.
Surabaya, Denpasar, Sumba Est, Sumba Ouest. Des avions, des bateaux, des camions, des bureaux, des écoles, un chantier, des villages. Chacun bouge, chacun travaille, chacun grandit quelque part.
Sorai, lui, regarde tout cela depuis son hublot, avec ses huit mois et cette façon très sérieuse qu’il a d’observer le monde, et il me manque... J'aimerais que sa maman et lui soient là.
Peut-être qu’un jour il trouvera cette vie étrange. Pour l’instant, il semble simplement se dire: " Bon, on va où maintenant ? "
Je vous embrasse tous très fort.
Alex, depuis Sumba Est, le 5 September 2026. |