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Sorai, la poussière et nous
👋 Hello les amis et la famille,
Un mot plus personnel après la lettre de terrain. Ici, nous allons bien. Fatigués, oui, mais debout.
Sorai, va très bien. Il a six mois et demi, sourit et nous suit presque partout. Il a reçu sa nationalité suisse, et aussi son passeport indonésien. Double nationalité, donc.
Vu sa peau très blanche et ses goûts culinaires, le passeport suisse colle plutôt bien au personnage. C’est évidemment le seul Indo-Suisse de Sumba, et qui plus est le seul à devoir mettre de la crème solaire avant de sortir. Sinon, il rougit en dix minutes.
Il a commencé à manger il y a deux ou trois semaines. Surprise pas si surprenante: il adore les produits laitiers. Yaourt nature sans sucre, lait, fromage. Il en est dingue. L’ADN suisse doit travailler quelque part. Dès qu’il peut être dans le Truck of Life ou le Truck n’Load, il est content. À son âge, il connaît déjà les camions, les routes de poussière et les cartons de médicaments.
ᯓ⚽️Et puis, il y a aussi la Coupe du monde. Depuis Sumba, suivre l’équipe suisse est presque une mission logistique en soi. Certains matchs tombent à 4h du matin pour nous, avec les yeux collés, le café et l’internet qui peut disparaître au pire moment. Le prochain contre l’Argentine sera dimanche à 9h du matin ici, ce qui est presque du luxe. On compte juste sur une connexion correcte pour ne pas rater une minute.

Voir cette équipe suisse faire un tel parcours, ici, au bout de l’Indonésie, ça fait du bien. On a vu un peu de la folie en Suisse après la victoire contre la Colombie. Pour celles et ceux qui vivent là-bas, profitez de cette énergie. Nous, on vibre aussi avec vous (pour ceux qui aiment le foot;-)).
Ayu et moi, on tient. Mais on se bat beaucoup pour les réservoirs, les médicaments et surtout pour Rumah Kambera 2.0. À la fin de l’année, nous devons quitter notre base actuelle. C’est notre maison, notre bureau, notre dépôt, le lieu où le staff passe, où les volontaires arrivent et où les camions se chargent.
Sans construction rapide, il faudra louer une maison. Ici, les maisons disponibles sont souvent en bois, bambou, tôle ondulée. Une maison neuve à louer qui permettrait d'y mettre la pharmacie, l'atelier, les tonnes de matériel, les camions, cela n’existe pas ici. Donc oui, c’est un vrai stress.
L’autre jour, le Truck of Life s’est arrêté au milieu d’un chemin. Plus de puissance. Heureusement, nous avons maintenant un ordinateur OBD. Diagnostic immédiat: petit tuyau de dépression du turbo déconnecté ou percé.
Une pièce à quelques francs ailleurs (CHF 11.-), mais ici, il faut parfois la faire venir de Jakarta. J’ai réparé avec un bout de tuyau normal. Ça a tenu. La bonne pièce est arrivée, je vais la remplacer. Voilà aussi notre quotidien: médecine, mécanique, poussière, internet qui disparaît, et un bébé qui rigole au milieu.
La saison sèche est dure. Tout est jaune, brûlé, cassant. La terre, les arbres, les champs, même les pierres semblent fatigués. Pour les animaux, le bétail et les familles, l’eau devient une préoccupation au quotidien. Dans les villages où nous avons construit des réservoirs et des installations sanitaires, les gens s’en sortent mieux grâce au stockage.
Mais beaucoup n’ont encore rien. Ils attendent la pluie ou marchent pour remplir quelques jerrycans. Ici, la poussière est partout. La chaleur est folle. Et le vent ne s’arrête presque jamais: un vent sec, brûlant, qui donne parfois l’impression que tout le paysage est devenu un four.
Je reçois aussi de plus en plus de messages WhatsApp d’infirmières, d’infirmiers, du personnel des Puskesmas et, parfois, de l’hôpital. Ils demandent si nous pouvons fournir des médicaments pour soigner leurs patients. Nous aidons quand nous pouvons.
Mais quand les structures publiques demandent des médicaments à une petite fondation médicale comme la nôtre, cela dit beaucoup de l’état du système. Nous parlons de centaines de milliers de personnes, et nous sommes souvent parmi les seuls à répondre vite.
Merci à vous qui écrivez, envoyez un mot, un message, une pensée, un don, ou simplement des nouvelles. Un ami cher, Philippe G., pour ne pas le citer, m’a récemment rappelé une phrase d’Elie Wiesel: "Tous les fleuves vont à la mer et pourtant elle ne se remplit pas." Ici, les besoins arrivent comme cela aussi. Mais nous, nous ne sommes pas la mer. Nous avons besoin des autres pour continuer à tenir.
Voilà pour les nouvelles de notre petit monde. Ayu tient la barre avec moi. Sorai prend beaucoup de place dans nos histoires parce qu’il est le petit dernier, mais je pense aussi à Elisa, ici en Indonésie, et à Flavie, en Suisse, qui font bien sûr partie de tout cela, même autrement, même plus loin.
Moi, je passe d’une casquette à l’autre: soignant, chauffeur routier, mécanicien quand le camion s’arrête, chercheur de fonds quand il faut construire, collègue quand l’équipe fatigue, papa et mari quand Ayu a besoin que je sois là. Ce n’est pas toujours très reposant, mais c’est notre vie ici. Elle est poussiéreuse, parfois absurde, souvent dure, et malgré tout, très belle.
Alex, Ayu et Sorai
❤︎ Avec toute notre affection depuis Sumba et allez la Suisse🏆⚽🧀✨🍫 |