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Sorai, la poussière et nous
👋 Hello la famille et les amis bonjour à toutes et à tous,
Cela fait deux semaines que nous ne vous avons pas écrit. Ici, deux semaines peuvent parfois donner l’impression d’avoir duré deux mois. Les journées commencent tôt, se terminent tard, et il se passe toujours quelque chose entre les deux.
ᯓ⚽️Et puisque notre dernière lettre est partie juste avant le quart de finale Suisse-Argentine, il faut quand même en dire un mot. Nous avons vibré comme des fous, en espérant que vous aussi, jusqu’à ce "stupide" carton rouge qui a tout fait basculer. La Suisse a perdu, nous avons beaucoup râlé, puis nous sommes retournés à nos médicaments, à nos réunions et à nos occupations.
Sorai aura bientôt sept mois. Il va très bien, il grandit, il mange, il observe tout, et il dort toujours comme un pacha. À Sumba, il semble parfaitement à sa place. L’air n’est pas aussi pollué qu’à Denpasar et, surtout, il y a ici un nombre incroyable d’amis. Il passe d’un bras à l’autre, reçoit des sourires partout où il va et trouve toujours quelqu’un pour lui parler, le faire rire ou le promener.
Il est avec nous presque partout. Dans les camions, pendant les réunions, lors des formations, sur le terrain, à la base, parfois même à proximité des formations. Notre vie de famille et notre vie de terrain ne sont pas deux mondes séparés. Elles se mélangent en permanence, avec des sacs médicaux près de ses affaires, des cartons de médicaments à côté de son lit et des discussions de travail qui se poursuivent pendant qu’il s’endort.
Quand nous avons un peu de temps, nous allons à la mer avec lui. Sorai adore l’eau. Mais ce qui le fascine peut-être encore davantage, c’est de s’asseoir sur le sable et de regarder l’horizon, comme sur la photo du haut. Il reste là, très calme, face à cette immense étendue bleue. À presque sept mois (il les aura le 28 juillet), il sait déjà faire quelque chose que les adultes oublient souvent : s’arrêter et simplement regarder.
Ces dernières semaines, nous avons été extrêmement occupés par la formation des nouvelles agentes de santé Kawan Sehat. Huit nouvelles personnes ont rejoint le programme, puis toute l’équipe, soit 28 agentes et agents, s’est retrouvée pour trois journées complètes et ultra-intenses de rafraîchissement.
Nous avons repris les protocoles, les médicaments, les signes de danger, l’examen d’un patient, la prise de tension, les blessures, les infections et les situations nécessitant un transfert urgent vers un centre de santé. Nous avons ouvert les cartons, vérifié les stocks et les dates, préparé les équipements et redistribué une quantité vraiment très importante de médicaments.
Avec les nouvelles agentes, Kawan Sehat prendra désormais en charge plus de 1 000 patients par mois. C’est une évolution importante, mais elle implique aussi davantage de médicaments, de matériel, de déplacements, de coordination et de suivi. Le programme grandit parce que les besoins grandissent. Malheureusement, les moyens ne progressent pas toujours à la même vitesse. Et moi, ben je stresse grave!
De notre côté, nous avons très peu de temps pour nous. Nous vivons tous les trois dans une seule petite chambre de 10 m². La poussière entre partout, se pose sur tout et revient quelques minutes après le nettoyage. L’espace n’est plus adapté à notre travail, ni vraiment à une vie de famille avec un bébé. Les médicaments, les outils, les dossiers, les vêtements, le matériel de terrain et les affaires de Sorai se partagent les mêmes quelques mètres carrés.
C’est aussi pour cela que Rumah Kambera 2.0 est devenu si important. Ce futur centre n’est pas un projet de confort ni un beau bâtiment construit pour l’image. Il nous faut une véritable pharmacie, une salle de formation, des espaces de stockage sûrs, un lieu pour coordonner les urgences et préparer les missions, mais aussi un cadre de vie un peu plus sain pour notre famille et pour les membres de l’équipe qui travaillent ici chaque jour.
🩹 Le centre actuel a été précieux pendant des années. Mais il ne correspond plus du tout à ce que la fondation est devenue. Nous nous réjouissons de pouvoir enfin commencer les premiers travaux sur le nouveau terrain la semaine prochaine, même si nous sommes encore très loin d’avoir réuni le financement nécessaire pour construire l’ensemble.
Toute l’équipe va bien. Ino, Elthon, Primus, Susan, Erwin, Ni Luh, Annisa et Gogon continuent à travailler avec la même énergie, malgré la chaleur, les distances et les journées parfois interminables. Ils connaissent maintenant très bien Sorai, et Sorai les connaît aussi. Il suffit que l’un d’eux entre dans la pièce pour qu’il commence à sourire.
Rumah Kambera est également devenue un refuge pour les chiens du secteur. Nous en avons généralement entre cinq et dix. Certains arrivent maigres, blessés ou simplement affamés. Ici, les chiens ne sont pas toujours considérés comme des animaux de compagnie et beaucoup vivent sans véritable attention ni soins.
Alors nous les nourrissons, nous les soignons et nous leur donnons un endroit où dormir en sécurité. Certains mettent plusieurs jours à comprendre qu’ils ne seront pas chassés. Puis ils s’installent à l’ombre, devant la maison, comme s’ils avaient toujours vécu là. Pour moi, Alex, qui a probablement été un chien dans une vie antérieure, cela compte énormément. Ce n’est ni un programme de la fondation ni une ligne budgétaire. C’est simplement une autre manière de prendre soin du vivant qui nous entoure.
Je dois aussi vous dire les choses honnêtement : cette année est probablement l’une des plus difficiles que nous ayons traversées depuis la création de la fondation, il y a bientôt dix-huit ans. Les besoins augmentent, les projets sont prêts, les équipes sont là, mais les financements sont de plus en plus difficiles à trouver.
Nous passons nos journées à agir, et une partie de nos nuits à chercher comment continuer. Il faut financer les médicaments, les nouveaux réservoirs, les déplacements, les équipements et Rumah Kambera 2.0. Chaque avancée demande énormément d’énergie, de démarches et de patience.
Nous ne nous sentons pas comme des super-héros. Nous sommes trop fatigués pour cela. Nous doutons, nous nous inquiétons, nous recalculons les budgets et nous nous demandons parfois comment nous pourrons tout faire. Mais le lendemain matin, une agente appelle au sujet d’un patient, une famille attend une visite, un camion doit repartir, et Sorai se réveille avec son immense sourire.
Alors, nous continuons.
✍Écrivez-nous, même avec seulement quelques lignes. Racontez-nous comment vous allez, posez-nous vos questions et dites-nous ce que ces nouvelles vous font ressentir. Ici, loin de vous, les messages de la famille et des amis sont de petites fenêtres ouvertes sur la maison.
On vous embrasse très fort depuis Sumba Est,
Alex, Ayu et Sorai, il est plus de 21h00 et il fait nuit depuis trois heures. |