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Entre une première journée d’école, 110 patients, un mur de 330 mètres et un camion à reconstruire
👋Hello les amis et la famille,
Cette fois, je ne vais pas vous raconter que notre vie a changé depuis l’arrivée de Sorai . Vous le savez déjà, et à force vous allez finir par connaître ce petit gars presque aussi bien que nous.
Mais il y a des moments où le voir avec nous sur le terrain donne une autre dimension à ce que nous vivons ici.
La semaine dernière, Sorai nous a accompagnés pour une grosse journée de soins communautaires dans un village extrêmement isolé. Près de six heures de piste pour y aller, et la même chose pour revenir. De l’off-road, des trous, des pierres, des passages où même nos camions souffrent. Et lui ? Très content. Il regarde, cela secoue vraiment très fort, il dort, il se réveille, il chante, il recommence à regarder.
Sur place, nous avons soigné un peu plus de 110 patients, dont beaucoup d’enfants. Consultations, médicaments, malnutrition, blessures, infections respiratoires et cutanées, dépistages sanguins, énormément de tests pour le paludisme, prévention, nutrition, VIH, hygiène... Une vraie journée de médecine de terrain. Sorai était là au milieu de tout ça et, comme souvent ici, il est rapidement passé de bras en bras. Les gens l’ont adoré, et lui semblait parfaitement heureux d’être au milieu de cette agitation (Sorai est à gauche sur la première photo juste ci-dessus ;-)).
Quelques jours plus tard, il a même fait sa première journée d’école. Pas exactement comme on l’aurait imaginée en Suisse.
Nous étions dans un PAUD, une petite école maternelle, là où nous avons construit un réservoir de 5 300 litres à Hudumburung. Veronika, qui est à la fois agente de santé Kawan Sehat et éducatrice dans cette école, expliquait aux enfants l’eau propre, l’hygiène et l’utilisation du réservoir. Elle chantait avec eux, leur posait des questions, les faisait participer.
Et Sorai était assis au milieu des enfants.
Ce qui m’a vraiment touché, c’est de le voir regarder Veronika. Sept mois, les yeux grands ouverts, complètement silencieux, fasciné pendant plusieurs minutes. Il ne comprenait évidemment pas grand-chose à ce qu’elle racontait, mais il regardait comme si quelque chose d’extraordinaire se passait devant lui.
Les autres enfants étaient tout aussi intrigués par lui. Ils le regardaient, le touchaient doucement, venaient s’asseoir autour de lui. Les différences de couleur de peau suscitaient manifestement beaucoup de curiosité des deux côtés, avec cette simplicité incroyable qu’ont les enfants. Personne ne se posait de questions compliquées.
Ils étaient juste ensemble. C’était très chouette.
Et puis il y avait ce contraste auquel Ayu et moi pensons forcément : Sorai rentre le soir dans une maison où il y a de l’eau. Ces enfants, eux, vivent souvent dans des familles où chercher quelques jerricans fait encore partie du quotidien.
Pendant ce temps-là, notre travail continue à un rythme assez fou.
Je suis pratiquement tous les jours à Kawangu sur le chantier de Rumah Kambera 2.0. Nous sommes dans la deuxième étape du projet : près de 330 mètres de mur en pierre de montagne, avec de grosses fondations, car nous voulons construire quelque chose de solide et sûr. Il y en a pour deux à trois mois de travail.

Bonne nouvelle reçue aujourd’hui : notre demande d’électricité a été acceptée. Pour que PLN puisse installer le compteur, il nous fallait toutefois déjà une construction sur le terrain. Nous avons donc commandé une petite structure traditionnelle ouverte en bois, d’environ 5,5 mètres sur 3,5 mètres.
Pas vraiment une maison, plutôt un petit endroit où l’on pourra s’asseoir, travailler, manger, discuter du projet et accueillir ceux qui viennent sur place. Nous allons la garder définitivement. Ce sera finalement, d’une certaine manière, le tout premier petit bâtiment de Rumah Kambera 2.0.
Et puisque rien ici ne se passe jamais tout à fait simplement, notre expédition médicale a aussi laissé quelques traces mécaniques.
Au retour des 10 à 12 heures de piste, la galerie du Truck of Life s'était cassée au niveau de ses quatre supports. Comme le camion est pratiquement entouré d’une cage métallique pour survivre aux endroits où nous l’emmenons, il a fallu démonter une bonne partie de l’ensemble, remplacer les quatre pieds, renforcer la structure et tout remonter. Deux jours complets de travail. Un immense merci à mon ami Stefen qui m’a aidé à refaire tout cela correctement et à souder des pieds plus solides.
Ayu et moi travaillons énormément en ce moment. Il y a ce que vous voyez sur les photos, mais aussi tout ce que l’on ne photographie jamais : les budgets, les dossiers, les appels, les recherches de fonds, les médicaments à commander, les équipes à payer, les projets à écrire et réécrire, les fournisseurs, les autorisations, les problèmes qui arrivent toujours au mauvais moment.
Et oui, je suis inquiet. Beaucoup parfois. L’avenir de la Fondation, notre propre avenir, Rumah Kambera, savoir où nous allons vivre, savoir si nous aurons les moyens de continuer tout cela. Certaines nuits, mon cerveau refuse simplement de s’arrêter.
Puis le lendemain matin, on repart.
Et parfois, au milieu de tout cela, il y a un petit garçon de sept mois assis sur un rocher qui regarde les collines de Sumba pendant très longtemps. Il touche l’herbe, ramasse un caillou, regarde le vent bouger les arbres. Lui ne sait rien de nos budgets, de nos échéances ou de nos inquiétudes.
Et finalement, ça nous fait du bien aussi.
On vous embrasse tous bien fort depuis Sumba Est.
Alex, Ayu et Sorai |