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Là où la pauvreté devient une urgence médicale

👋 Hello, c’est Alex. Comment allez-vous ?
Ici, à Sumba Est, la médecine ne commence presque jamais à l’hôpital. Elle commence bien avant. Elle commence dans un village isolé, sur une piste de terre, dans une maison sans eau suffisante, sans moyen de transport, sans argent, et souvent sans autre choix que d’attendre. Ou faire comme on peut. Cette semaine encore, cela nous a sauté au visage.
Avec nos amis du Rotary Australie, venus ici pour la cinquième fois travailler à nos côtés, nous avons consacré une journée entière à préparer l’étude sur la septicémie que nous allons mener dans la région. Près de dix heures de travail avec une trentaine de personnes, médecins, cliniciens, infirmières, personnels hospitaliers, équipes des Puskesmas, responsables locaux. Nous avons repris chaque question, chaque mot, chaque détail de deux questionnaires, l’un pour les communautés, l’autre pour le personnel médical. Derrière cela, il y a une question simple, mais terrible: comment une infection ordinaire devient-elle une urgence grave, puis une septicémie, puis, parfois, la mort, alors qu’elle aurait pu être prise en charge plus tôt ?
Nous avons également décidé de renommer cette étude en y associant le nom de notre ami, décédé à 24 ans d’une septicémie survenue après une simple opération d’appendicite, une intervention banale qui n’aurait jamais dû lui coûter la vie. Ici, pourtant, cela arrive. Et cela arrive encore trop souvent.
Quelques jours plus tôt, nous avions rencontré Aldo, un enfant d’une douzaine d’années, brûlé au 3e degré sur plus de 20% du corps après avoir jeté de l’essence sur un feu. Pendant plus de trois mois, il est resté chez lui sans véritables soins. Sur ses brûlures, on a mis ce que l’on trouvait, ce que l’on croyait pouvoir aider: terre, huile usée, feuilles, marc de café, parfois même du diesel. Il ne faut pas juger trop vite. Quand il n’y a ni soins, ni argent, ni route, ni structure capable d’accueillir un enfant brûlé, les familles font ce qu’elles peuvent, même lorsque cela aggrave tout. Ce que nous voyons dans un cas comme celui-ci, ce n’est pas seulement une plaie immense. C’est la pauvreté à ciel ouvert. C’est l’absence de prise en charge précoce. C’est le retard de soins. C’est le risque infectieux majeur. C’est la douleur laissée seule. Et c’est aussi pour cela que notre travail ici existe.
Le lendemain, nous avons été reçus par les autorités de Sumba Est, avec un accueil extrêmement favorable. Elles ont compris l’importance de cette étude sur la septicémie, qui sera menée ici et dont les résultats auront, nous l’espérons, une portée bien au-delà de l’île. Elles ont aussi soutenu avec beaucoup d’enthousiasme un second projet que nous préparons avec Rotary International, Global Village et d’autres partenaires: la prochaine distribution de près de 175 chaises roulantes adaptées pour des enfants qui n’en ont pas. Pour ces deux projets, nous remercions très sincèrement Rotary Australie et toutes celles et ceux qui continuent à s’engager ici avec sérieux, fidélité et bienveillance ici pour aider tous ceux dans le besoin.
Pendant ce temps, notre programme de soins médicaux primaires se poursuit. Il ne s’arrête jamais, 24 heures sur 24. Nos agents de santé de Kawan Sehat poursuivent leur travail dans les villages les plus isolés, souvent très éloignés de tout. Ils soignent, préviennent, surveillent, rassurent, orientent. Ils voient des centaines de patients chaque mois. Et cette semaine, comme annoncé, nous avons commencé à recompléter les stocks de médicaments pour tous les agents et les agentes de santé. Pour cela, Alex et les équipes vont de village en village, parfois pour une journée entière, parfois pour deux, pour une seule visite. Ces déplacements permettent de livrer des médicaments, de répondre aux questions, de faire les mises à jour de l’application et d’écouter aussi les difficultés du terrain. Mais la vérité est simple: nous manquons de nombreux médicaments et de matériel médical. Et ce manque devient très préoccupant.
La situation générale, elle aussi, se détériore. Ici, la pauvreté augmente fortement et rapidement. L’une des raisons est la réduction drastique des budgets publics: les montants alloués aux villages ont chuté de près de 75%. Là où certains villages recevaient environ 1,2 milliard de roupies par an, ils doivent désormais survivre avec moins de 300 millions de roupies, soit moins de 13'500 par an (mais à ce jour, aucun village n'a reçu quoi que ce soit). Avec cela, il faut pourtant financer les soins, les médicaments, le personnel de santé, les enseignants, les petites infrastructures et les services de base. En réalité, il ne reste presque rien. Alors les systèmes s’effondrent rapidement. Beaucoup d'employés quittent les villages. Les services s'arrêtent. Les familles déjà pauvres deviennent encore plus vulnérables. Et quand cette fragilité économique s’ajoute aux effets du changement climatique, à la sécheresse, à l’irrégularité des pluies, à la chaleur toujours plus intense, tout devient plus fragile, plus dur, plus violent.
C’est dans ce contexte que nous poursuivons également le programme Water Connections. Nous avons financé, sur nos propres fonds de réserve, deux nouveaux réservoirs de 5 300 litres dans la région de Kawangu. Nous l’avons fait parce que nous tenons parole et parce que ces familles ont besoin d’eau maintenant. Pas plus tard. Ces deux réservoirs permettront à une cinquantaine de personnes d’accéder à de l’eau de pluie propre, filtrée et stockée en toute sécurité (dont ces enfants du village de Hudumburung ici sur la photo). Mais il faut aussi dire les choses telles qu’elles sont: cela ne suffit pas. Derrière ces deux réservoirs, restent encore des centaines, voire des milliers, de personnes sans eau suffisante. Il est donc essentiel pour nous de financer les dix réservoirs restants prévus cette année. Ici, l’eau n’est pas un confort. Elle conditionne l’hygiène, la nutrition, le soin des plaies, la prévention des infections, la santé des enfants et la survie pendant les mois de sécheresse. Nous vous invitons à consulter le dossier de présentation ici.
Enfin, nous avons passé du temps sur le terrain de Rumah Kambera 2.0 avec nos amis du Rotary. Le terrain est acquis. Le projet avance. Des conseils nous sont donnés, des idées aussi, et nous en avons besoin. Car notre centre actuel est réellement en ruines. Les toits fuient, les murs fatiguent, les espaces sont devenus trop petits, et il n’est plus raisonnable d’imaginer y rester très longtemps. Ce futur centre socio-médical devra être simple, solide et utile. Un lieu pour soigner, stocker, former, coordonner et travailler mieux. Un lieu pensé pour durer et répondre à la réalité d’ici. Nous avons déjà reçu de premiers soutiens importants pour ce projet, et nous en sommes très reconnaissants. Mais nous sommes encore très loin du compte. Nous vous invitons à consulter le dossier de présentation ici.
Merci d’être là, de nous lire, de nous suivre, et surtout de comprendre que derrière chaque mot il y a ici des vies très concrètes, des urgences bien réelles, et des solutions que nous essayons, chaque jour, de rendre possibles.
Alex, pour Fair Future - Nous sommes le mercredi 22 avril 2026 |