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Là où tout commence
👋 C’est moi, Alex. J’écris ces lignes, entre deux trucs importants à faire, avec des phrases qu’on n’écrit presque jamais dans la tête. Ici, on parle peu et on écoute beaucoup. Les silences disent souvent plus que les mots, surtout quand on travaille là où la vie se joue loin des regards. J’espère que vous allez bien, là où vous êtes.
Fin janvier déjà. Alors avant toute chose, je voulais simplement vous souhaiter une bonne année. Une vraie. Pas celle des slogans ni des promesses faciles. Une année solide, ancrée, utile. Ici, sur le terrain, l’année n’a jamais vraiment commencé ni fini. Elle continue. Les problèmes aussi. Et notre travail avec.
Ces derniers jours, je pensais beaucoup à une phrase entendue dans un village de l’est de Sumba. Une phrase simple, presque banale. Un père me l’a dite en regardant le sol, pas moi. "On tombe souvent malade quand la saison change." Il ne parlait pas de météo. Il parlait de tout le reste.
Quand la pluie arrive trop tard, les champs donnent moins. Quand elle arrive trop fort, les chemins disparaissent, les puits se contaminent, les enfants boivent ce qu’ils trouvent. Quand la chaleur dure trop longtemps, les infections s’installent, les corps s’épuisent, la malaria revient. Le climat ici n’est pas un débat. C’est un facteur médical.
On parle beaucoup de changement climatique, souvent en chiffres, en degrés, en graphiques. Sur le terrain, ça se traduit autrement. Par une maman qui marche deux heures avec un enfant fiévreux sur le dos. Par une de nos agentes de santé qui manque d’eau propre pour nettoyer une plaie. Par une famille qui partage une seule moustiquaire pour cinq personnes et qui est plus souvent trouée!
C’est là que tout se rejoint. L’eau, la santé, la prévention, l’éducation. Rien n’est séparé. Construire un réservoir, ce n’est pas de l’ingénierie abstraite. C’est réduire les diarrhées, les infections, la malnutrition. Former un agent de santé Kawan Sehat, ce n’est pas cocher une case. C’est pour éviter qu’une fièvre banale devienne une urgence vitale. Installer une lampe solaire, ce n’est pas du confort. C’est moins de chutes la nuit, plus de temps pour étudier, moins de fumée toxique dans les maisons.
Depuis le début de l’année, nos équipes continuent exactement cela : soigner, prévenir, réparer, former. Parfois sous la pluie, parfois sous un soleil dur. Toujours avec les mêmes contraintes. Peu de routes, peu de moyens, beaucoup de besoins.
Il y a des jours où tout semble fragile. Et d’autres où l’on se rend compte que ce qui est fragile, en réalité, tient debout grâce à des gestes très concrets. Une pompe réparée. Un de nos sacs à dos médicaux rempli. Une formation répétée. Une présence régulière.
Cette lettre n’est pas là pour demander quoi que ce soit. Elle est là pour te dire où nous sommes et pourquoi nous y sommes encore. Parce que la santé ne commence pas à l’hôpital. Elle commence bien avant. Dans l’eau que l’on boit. Dans l’environnement dans lequel on grandit. Dans la capacité à agir avant qu’il ne soit trop tard, quand il est encore temps.
Merci d’être là, de lire, de suivre ce que nous faisons. On continue. Calmement. Sérieusement. Humainement.
Avec toute mon amitié et plus encore,
Alex, pour Fair Future - le dimanche 25 janvier 2026 |