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Savoir ne signifie pas comprendre #ReconstruireMbinuDita
Elisa parle de son séjour sur le site #RebuildMbinuDita ici à East Sumba, ses relations avec les gens, sa vision du projet et son implication physique et émotionnelle dans son travail avec la Fondation Fair Future et Kawan Baik Indonésie.
Fair Future Indonesia - Kawan Baik Indonesia | octobre 13, 2020/ Kawan Elisa (textes and pictures) and Kawan Alex (web) from the Swiss Fair Future Foundation

Bonjour à tous,

Chaque jour, nous sommes bombardés de centaines d’informations en tout genre. Certaines vont plus attirer notre attention que d’autres, mais dans l’ensemble, je crois que le cerveau humain, pour se protéger sans doute, fait abstraction de beaucoup d’entre elles. C’est certainement le moyen qu’il a trouvé pour ne pas être submergé; il est préférable d’ignorer les informations qui ne nous sont pas agréables que d’y faire face et de ne rien pouvoir y faire.

Nous « savons » un grand nombre de choses qui se passe dans le monde, dans d’autres pays, parfois même dans notre propre pays, mais nous n’en « comprenons » réellement qu’une infime partie. Ce fut mon cas dans les derniers mois écoulés ; en effet, depuis décembre 2019, la Fair Future Foundation et la Fondation Kawan Baik ont pris en charge la reconstruction de l’école de la région de Mbinu Dita, sur l’île de Sumba, suite à son effondrement. Il y a 10 mois de cela, dans le cadre de mon travail avec la Fair Future Foundation, j’ai donc commencé à recevoir les informations relatives à ce projet ; la localisation de l’école, ce qui doit être mis en place pour la reconstruire, la communication avec la communauté locale, avec les autorités et tout ce qui s’en suit. J’étais encore en Suisse à ce moment-là, il était donc très difficile de se projeter et d’imaginer, soit de « comprendre » totalement les problématiques quotidiennes rencontrées par l’équipe sur place.

Puis je suis arrivée en Indonésie pour travailler dans les bureaux à Denpasar mais là encore, malgré mon implication dans ce projet, même avec toutes les informations en temps réel, les photos, les vidéos, les appels avec l’équipe de Sumba, il m’était encore difficile de réaliser entièrement l’ampleur de la situation à Sumba. Et je l’ai enfin comprise lorsque j’ai atterri à Waingapu la semaine dernière.

D’abord, le premier aperçu et une première compréhension d’un sujet dont nous avons parlé des dizaines de fois ; l’île vue du ciel. Nous sommes en octobre, la saison des pluies arrive timidement. L’île est donc encore très sèche. C’est un paysage magnifique, on voit déjà les collines à perte de vue. Les « routes » blanches se dessinent, c’est à couper le souffle mais c’est aussi l’une des problématiques ; un sol calcaire, difficilement cultivable. Une terre qu’on peut certainement qualifier d’hostile et aride.

Sortie de l’avion, je me rends compte de la chaleur. Deuxième savoir qui se transforme en expérience ; il fait chaud! Et il est pourtant encore si tôt. Je pense instantanément aux personnes qui travaillent toute la journée à la reconstruction de l’école, sous le soleil brûlant, en haut de cette colline à deux heures d’ici.
Andri m’attend à la sortie de l’aéroport et nous nous rendons à la Guesthouse à 10 minutes de l’aéroport. Il a l’air fatigué et il a dû prendre deux teintes de peau ; je sais que le travail sur le terrain est épuisant, je ne suis pas tellement surprise. Nous partons un peu plus tard direction Mbinu Dita, je découvre les paysages sur la route. Je parle de paysage, c’est tout ce qu’il y a, vraiment ! Des collines à perte de vue, l’impression d’être seul/e au monde, qu’il n’y a pas âme qui vive sur cette île. Nous entamons le trajet, la route n’est pas si terrible la première heure, elle est plutôt praticable. Mon équipe me dit depuis le départ qu’un des gros challenges est l’accès à l’école, je me dis donc qu’ils exagèrent !

Non, ils n’exagéraient pas. Mais alors pas du tout. Après la première partie du trajet pour atteindre le site, Andri rigole et me dit « c’est là que ça commence ! » Il s’engouffre sur un chemin rocailleux, et là je comprends. Deux heures de route, ça n’a pas l’air si terrible, mais si la moitié du trajet se transforme en épreuve, il y a de quoi être épuisé par les allers-retours. Cette deuxième partie de trajet, je me demande encore comment je n’ai pas eu de migraine, je dois être chanceuse ! C’est une « route » qui en a juste le nom. Il est difficile d’y progresser en scooter, encore plus en voiture alors je vous laisse imaginer en camion (je l’ai d’ailleurs expérimenté, je vous en parle plus tard). Des trous béants tous les deux mètres, très peu de parties goudronnées. Et ça continue durant au moins une heure. On avance doucement (enfin tout est relatif concernant Andri).

Sur cette deuxième partie de trajet, je fais face à un autre problème ; la distance entre les maisons. Elles sont très espacées les unes des autres, parfois par des kilomètres. Et bien entendu, les distance se font uniquement à pied ou « en Buffalo » et sans chaussures. Nous croisons deux puits en une heure de trajet ; l’eau. L’un des problèmes les plus importants et urgents. En scooter, c’est déjà long, alors à pied, c’est des heures et des heures de marche pour accéder à l’or bleu.
Nous nous arrêtons pour faire une pause, c’est en effet très physique d’évoluer sur ces chemins. On en profite pour admirer le paysage, c’est vraiment très beau. En haut de l’une des nombreuses collines, on a une vue d’ensemble sur le « village » de Mbinu Dita. On se rend compte des distances qui doivent être effectuées par les enfants et leurs parents pour de l’eau ou pour tout autre chose, dont l’accès à l’éducation ou aux soins. Andri pointe du doigt l’une des collines, ça doit être la plus haute et elle est au milieu des maisons des habitants, et il me dit « là Eli, regarde au sommet ; c’est notre école ! ».

Après des mois et des mois à la voir en photo ou en vidéo, elle est là, devant moi. Et une autre information se transforme en compréhension ; elle est vraiment au milieu de nulle part certes, mais pas pour les habitants de cette région, bien au contraire; c’est au milieu du « village »! Au centre de cette région, sur la colline la plus haute ; l’accès à un avenir plus radieux pour des générations d’enfants ; l’accès à l’éducation dont ils sont privés depuis bien trop longtemps. Je me rends finalement compte à quel point cette école est le centre de toute leur vie, de toute leur communauté!

Nous arrivons enfin sur le site, la structure de l’école est déjà érigée et tout le monde est occupé à travailler ; certains sont sur le chantier, en train de couler le béton pour faire le sol de l’école, d’autres sont perchés sur les hauteurs de la structure en train de souder, d’autres encore sont dans la cuisine, occupés à préparer de quoi nourrir tout le monde. Je suis accueillie par des regards curieux certes, mais surtout par des sourires chaleureux. Ce sont ces sourires qui nous poussent à nous dépasser chaque jour pour que ce projet devienne réalité et que cette école et ce centre de vie soient opérationnels au plus vite.

Au coucher du soleil, la plupart des volontaires rentrent chez eux pour se reposer. Je les regarde redescendre de cette colline et se disperser dans leurs maisons respectives. Nous nous retrouvons mon équipe et moi-même, les quatre incroyables personnes qui supervisent les travaux et qui viennent de Surabaya et deux garçons, Yaspan 8 ans et Ardy 13 ans. Ils sont là tous les jours, et ils décident de nous aider à cuisiner.

Nous nous retrouvons tous dans cette cuisine bâtie à partir des ruines de l’ancienne? école à cuisiner au feu. On coupe les légumes, prépare le tofu et le tempeh pendant que le riz cuit. A un moment, Ayu demande à Ardy s’il aime manger des légumes et si oui, lesquels. Il lui répond simplement : “oui, j’aime tout ce que je peux manger !” En effet, la base de l’alimentation de Ardy est le riz avec du sel et des piments. Lorsqu’ils le peuvent, ils y ajouteront du poisson séché et salé. Puis lorsque les récoltes le permettent ou qu’ils en ont les moyens, ils ajouteront des protéines, la plupart du temps végétales, et des légumes. C’est une réalité qui me frappe, moi qui suis habituée à voir des enfants rechigner à manger leurs légumes ; ici ils donneraient beaucoup pour en avoir une fois de temps en temps. Je savais bien entendu que l’accès à la nourriture et à une alimentation variée et équilibrée était l’une des problématiques principales pour cette communauté, mais m’y retrouver confrontée directement fait un effet bien différent.

La nuit est tombée. Notre seule source de lumière sont deux panneaux solaires que nous avons apportés sur le site. On fait un feu car il commence à faire froid, puis nous nous asseyons autour de celui-ci. Je lève les yeux, les étoiles brillent de mille feux. Il fait nuit noire, n’ayant pas accès à l’électricité, toute la région est plongée dans l’obscurité et c’est si silencieux qu’on chuchote…

Le lendemain, je me réveille et me rends compte que cette école a définitivement la vue la plus incroyable qui soit ! Nous attendons des livraisons de matériel ce jour-là, les camions devraient arriver dans l’après-midi. Il est encore tôt, mais tout le monde se met déjà au travail. Ils en profitent tant que le soleil n’est pas trop brûlant.

Lorsque les camions ne sont plus très loin du site, Alex et moi décidons d’aller à leur rencontre pour filmer leur arrivée. Nous les retrouvons à mi-chemin et je décide de monter dans l’un d’eux, celui qui contient une partie des briques qui constitueront les murs de l’école. J’ai envie de voir et de comprendre à quel point l’accès en camion est difficile et, encore une fois, j’étais bien loin du compte. Nous devons presque nous arrêter tous les quelques mètres pour pouvoir progresser en sécurité, et à certains endroits, je me dis que c’est impossible, que la route est trop mauvaise et en plus avec un chargement de plusieurs tonnes. Mais oui, c’est possible, et quelques heures plus tard le camion est déchargé et le matériel destiné à la reconstruction de l’école est enfin intégralement arrivé sur le site !

Le reste de la journée, nous organisons les semaines à venir, tentons de réparer le générateur si indispensable à la construction et qui faiblit, buvons (beaucoup trop) de café et partageons des moments d’échange avec la communauté. Les enfants sont toujours autour de nous, curieux de chaque chose que nous faisons, filmons ou photographions. Il y a ? Beaucoup de rires aussi, c’est la magie de cette école ; c’est épuisant, difficile, éreintant mais c’est aussi magnifique de voir tout le monde travailler main dans la main avec les mêmes rêves et objectifs en tête : permettre à ces enfants, à toute cette communauté et aux générations à venir l’accès à un avenir fait de projets, d’apprentissages, et de développement.

Sur le chemin du retour, le soleil se couche. Je ne réalise pas encore tout à fait ce qui s’est passé dans les dernières 24 heures ; il y a beaucoup à assimiler et je suis psychologiquement et physiquement épuisée. Surtout psychologiquement je dois admettre, car c’est une chose de savoir, c’est tout autre chose de comprendre et de réaliser les problématiques quotidiennes liées à la pauvreté, à une terre aride et quelque peu hostile, au manque d’eau et de nourriture et à l’isolement géographique.

Kawan Elisa Wettstein, le 13 octobre 2020.

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